En vue d’une activité physique soutenue de longue haleine, nous sommes tous conscient qu’une préparation physique est nécessaire. Mais qu’en est-il de la préparation stratégique? Cet aspect souvent oublié est pourtant tout aussi essentiel qu’une bonne forme physique. Laissez-moi vous raconter la fois où mon amie et moi sommes parties à l’aventure, en ne misant que sur notre forme physique.

C’était il y a environ un an, le 9 novembre 2017. Écoutant l’appel du grand air et l’écho des montagnes, on décide de se rendre dans les Adirondacks pour gravir le sentier Big Slide, le 27e plus haut sommet des High Peaks, dans l’état de New York. D’une élévation de 4 240 pieds, ce sentier est de niveau intermédiaire et prend environ 6 heures aller-retour. Facile, on est en bonne forme!

Départ du sentier! On trouve ça l’fun qu’il n’y a pas personne. Ça fait du bien d’être sur un sentier de randonnée pédestre qui n’est pas une autoroute. Les trois premiers quarts de la montée se font assez bien, sans histoire. Les points de vue à partir des trois sommets (First, Second and Third Brothers) sont magnifiques et valent amplement les efforts.

Dans le dernier quart, les choses se corsent légèrement. Ça commence à être pas mal glacé au sol. Au début on trouvait ça beau la neige, mais plus on monte, plus la neige se transforme en glace. Ce n’est plus un sentier, c’est des roches glacées à escalader. On n’a pas de crampons et les conditions hivernales commencent à nous sembler un peu moins féériques. Mais qu’à cela ne tienne, on est presque au sommet on ne va reculer. N’écoutant que notre courage, on continue et ont réussi à gravir le sommet à force de pas de géant en se soulevant à l’aide des branches et des racines.

Enfin le sommet! WOW! Quelle vue à couper le souffle. Ça valait la peine de persévérer. On décide de manger notre lunch en admirant les monts Algonquin, Marcy et Gothics. Mais il vente beaucoup. Marie ouvre le plat de salade de pâtes, le couvercle part au vent et elle échappe le lunch qui tombe plus bas, tellement plus bas qu’on le regarde dégringoler. C’est là que tout a commencé à se complexifier. Comme il nous reste seulement que des noix à manger, on grignote un peu et on décide d’entamer la descente.


J’y vais en premier. La descente du sommet n’est pas évidente, c’est très glacé et les points d’appuis ne sont pas les mêmes que pour la montée. On est au sommet et je me questionne sérieusement sur comment je vais descendre la première section. Je décide de lancer mon sac à dos et j’étire ma jambe au maximum pour mettre le pied dessus (en priant dans ma tête pour que le sac ne glisse pas au contact de mon poids et en remerciant ma flexibilité). J’y parviens de justesse. Au tour de Marie.

Marie est plus petite que moi. Elle me voit faire et se dit : c’est clair que mes jambes ne couvrent pas cette distance! On réfléchit pour trouver d’autres points d’appuis, mais décidément, on commence à se demander si on ne va pas rester au sommet jusqu’au printemps. Ça devient stressant. C’est à ce moment qu’on entend une voix sortie de nulle part qui dit : attends, prend mes crampons parce que tu n’y arriveras pas. On n’a pas croisé âme qui vive de toute la journée, sauf lui. Cet inconnu tombé du ciel qui est arrivé pile au bon endroit, au bon moment. On se demande encore s’il était réel.

On remercie un million de fois l’inconnu et on poursuit notre descente. Ce n’est pas évident avec la glace, ça irait tellement mieux avec des crampons. Comment se fait-il qu’on n’ait pas pensé à ça? On est en novembre après tout. Et commence à avoir faim, on a dépensé pas mal d’énergie mais on n’a pas vraiment fait le plein.

On a aussi perdu pas mal de temps au sommet, on doit accélérer le pas pour essayer de passer les sections plus techniques avant la noirceur, parce qu’on est en novembre et on n’a pas pensé à ça nous, le changement d’heure. Une heure de luminosité de moins en randonnée, ça peut faire toute une différence.

La fatigue installée, la faim qui gagne lentement du terrain, le soleil qui se fait de plus en plus loin et les sentiers plus ou moins bien indiqués, on a hâte d’arriver. Mais il en reste encore un bout à faire. On s’encourage mutuellement mais intérieurement, un stress s’installe. On décide de se faire des stratégies de survie pour passer la nuit, on en parle un peu en blague, avec un fond de sérieux. On fait l’inventaire de nos vêtements de rechanges et des noix qui nous reste. On réalise qu’on n’a rien pour faire un feu, mais au moins on a assez d’eau!

La noirceur est maintenant bien installée. Une chance qu’on est arrivé à passer les sections plus techniques aux dernières lueurs du jour. Si on n’avait pas changé l’heure on aurait été correcte…mais si on avait pensé aux lampes frontales aussi on aurait été correcte.

Stressée, affamée, gelée…il faut continuer. On doit bientôt arriver? Avec la lueur de la lune, je remarque une déformation sur un tronc d’arbre qui ressemble étrangement à un visage. Pour se changer les idées je le montre à Marie. Je ne pensais pas qu’elle était peureuse à ce point, mais j’avoue qu’elle a une imagination assez débordante. Je la vois partir en courant en me disant : tu n’as jamais vu l’Opéra de la terreur ou Le projet Blair? J’avoue que j’ai accéléré le pas moi aussi. Et là, on a vraiment hâte d’arriver!

Finalement, la voiture! On ne fait aucun étirement, on embarque dans la voiture, on met le chauffage et les sièges chauffants au maximum et on part. Environ trente minutes plus tard on arrête au premier dépanneur qu’on voit dans le but de boire quelque chose de chaud et de manger n’importe quoi. Mais quelle surprise quand on a essayé de sortir de la voiture. Je dis « essayer » parce que ni l’une ni l’autre n’arrivions à marcher. Avoir négligé de s’étirer un minimum après un tel effort combiné à la chaleur intense des sièges chauffants, nos muscles se sont crispés. C’était pénible, mais la faim l’a emporté, et ça été le meilleur café de notre vie, même si c’était un vieux café de dépanneur perdu dans le fond d’une route douteuse.

On a vite récupéré sur le chemin du retour et on est arrivé juste à temps pour la classe de kickboxing! Mais on a surtout réalisé qu’on avait sous-estimé un aspect important. Si nous nous étions informé sur l’état des sentiers, calculé notre temps et évaluer notre équipement selon les conditions, nous aurions gagné en temps et en énergie. Notre forme physique a été une alliée dans cette journée, nous avons été chanceuses dans notre aventure, mais il aurait pu en être autrement parce que nous avons négligé un aspect important du sport : la préparation stratégique.


Cynthia Rose

Entraineuse du Cardio Kickboxing offert par l'Académie Arts Martiaux Brossard

Ambassadrice pour MonGymEnLigne