Une fois, je faisais un exposé oral. J'étais en secondaire 2. C'était avec Benoît, le plus beau prof de français au monde. Je l'avais pratiqué beaucoup mon exposé oral. Je l'avais tout écrit moi-même. Vraiment en avance en plus! Je le savais par cœur. Sauf que des fois, j'avais des blancs de mémoire et ça me choquait.

J'avais toujours la même réaction quand j'avais ces blancs de mémoire. Je tapais du pied et je disais: "eh merde!" Un bon "eh merde" plein de convictions. Puis, exaspérée, je reprenais mes feuilles afin de poursuivre mon texte par cœur.

J'ai toujours été une fille réservée. Calme. Sociable, mais juste avec certaines personnes. (euuh, c'est tu sociable ça?)

J'ai jamais été vraiment bonne dans les exposés oraux. Je ne parlais pas fort du tout, j'étais monotone… Ma petite voix pas portante endormait tous les autres, mais honnêtement, c'était le moindre de mes soucis. Je voulais juste survivre. Rester en vie après l'épreuve.

Le jour "J" arrivait enfin. Je faisais enfin mon exposé oral après des semaines de stress intense, parce que moi, parler devant le monde, c'était pas mon activité préférée. Encore moins cette fois là en secondaire 2, quand le fameux blanc de mémoire arriva en plein exposé. C'était comme surréel: je me suis vue taper du pied en avant de tout mes p'tits amis de polyvalente. J'ai entendu en sourdine ma propre voix dire "Eh merde!" simultanément avec mon coup de pied au sol.

Ça y était, je venais de dire "Eh merde!" en tapant du pied, devant Benoît le prof de français le plus beau du monde, en plein exposé oral, du haut de mes 14 années gênées. Je m'en rappelle encore! Et comme si c'était pas assez, en réalisant la bourde que je venais de faire, et bien je répète, de façon encore plus convaincue et toujours en tapant du pied… "EH! MERDE!"

Oh là là. La honte. Le silence de mort dans la classe, jusqu'à ce que le beau Benoît me souffle la phrase suivante. J'ai ressenti la pitié de tous les camarades de classe jusqu'à la fin de mon oral. Ouf, fini, enfin. Jusqu'au prochain.

"Fast forward" 23 ans plus tard… Je suis maintenant conférencière! Comme dirait une de mes bonnes amies: "C'est ben pour dire!"

Eh oui. Je donne des conférences sur l'activité physique en entreprise. Je fais des vidéos d'entraînement. Je fais des formations devant 40 éducatrices en service de garde sur l'activité physique. J'ai animé des entrainements devant une centaine de personnes lors d' évènements spéciaux. J'ai parlé à la radio (Radio Canada, CKIA, et FM93) J'ai passé à la télé aux nouvelles.

Moi, la fille la plus gênée au monde qui tapait du pied en disant: "Eh, merde". La fille qui ne fait pas de bruit dans les partys, celle qui écoute, pas celle qui parle fort. JE SUIS conférencière.

Quand j'ai démarré ma première entreprise, Tonik entrainement, il y a 5 ans, on m'avait déjà proposé de faire des vidéos d'entraînement et c'était hors de question. En riant, je disais: "Es-tu folle, JAMAIS je ne vais faire des vidéos d'entraînement, chus ben trop gênée!"

Que s'est-il passé en 20 ans pour que j'affronte ma peur du public comme ça? J'ai travaillé sur moi. Mais plus que tout, j'ai trouvé ma voie. Ma mission de vie, celle qui me motive à chaque jour dans mon entreprise. Celle qui me propulse plus que ma peur ne m'arrête . Alors je fonce. Tout simplement.

Je me surprends même à me trouver bonne! Oui, je suis bonne devant la caméra. Je n'ai pas la prétention d'être parfaite, personne ne l'est. Mais je suis à la hauteur de mes propres attentes et je m'améliore toujours.

Le plus satisfaisant pour moi: je n'ai plus peur. Je ne suis pas stressée du tout lorsque je fais des conférences. Fou de même! Ce dont je suis le plus fière? J'aime ça. J'aime réellement donner une conférence, parler aux gens et les aider à se réaliser.


Ce qui m'amène à toi. Toi la fille ou le gars qui étais le dernier à être choisi(e) dans les équipes à l'école parce que t'étais "poche". Toi qui nageais comme un fer à repasser au cours de waterpolo. Toi qui simulais une douleur au genou pour ne pas faire le tour de piste en courant, car tu trouvais ça tellement dur. En plus, tu savais bien que tu arriverais encore dernier. À quoi bon essayer. Toi qui n'as jamais été capable de monter la corde dans le gymnase. Toi qu'on détestait parce que tu n'attrapais jamais la balle dans le champ ou n'arrêtais pas ce but gagnant.

Ben ça se peut qu'aujourd'hui, 23 ans plus tard, tu n'aimes pas l'activité physique. Et sais-tu quoi? C'est normal. Et sais-tu quoi d'autre? Tu n'es pas seul dans ton cas. Tu as été contraint à un âge où on se définit et où on cherche à être accepté, à faire des choses que tu n'aimais pas, à un moment ou tu n'étais pas prêt à l'apprendre. On a ri de toi, et c'était méchant. Tu ne méritais pas ça. On n'est pas obligé d'être bon au waterpolo dans vie tsé.

Mais là, faut que tu comprennes quelque chose. Tu joues avec ta santé et ta vie parce que plus tôt dans ta vie, on t'a rejeté ou ridiculisé. C'est fini là. Get over it. T'es pu un enfant, t'es pu un ado, mais cette partie de toi qui n'aime pas bouger est toujours en mode "défense". Le sentiment de défense est bien réel. Je te comprends. Mais la menace aujourd'hui, l'est-elle vraiment?

Tu faisais quoi à cet âge là quand tu avais ce lancinant sentiment d'infériorité? Tu évitais? Tu t'organisais pour avoir un papier du médecin pour être exempté? Tu occupais ton temps au maximum pour ne pas faire d'activité physique? Et aujourd'hui tu fais quoi? Prends le temps de répondre à la question, car tu fais probablement la même chose.

Il faut que tu dises à l'enfant ou l'ado en toi: "C'est fini." "Je suis là maintenant." "Tu es capable" "Vas-y! Un pas à la fois". Trouve ta voie. Pas juste une motivation pondérale sur une balance. TA VOIE. Pourquoi tiens-tu à ta santé? Pour qui voudrais-tu vivre en santé longtemps? Trouve LA motivation qui sera plus forte que tes peurs. Tu pourras ensuite passer à l'action. Et un pas à la fois, tu vas passer de l'action à la discipline. Et ultimement, de la discipline au plaisir. Je te le garantie. Trouve ta voie.

Si moi, la fille la plus poche au monde dans les exposés oraux, suis rendue conférencière, et bien toi, t'es capable de quoi?


Cathy Lam, Ninja Tuck Jump
Fondatrice de MonGymEnLigne